Tribune du CPLE: L’affaire Matzneff est-elle si loin de nous ?

Tribune du CPLE: L’affaire Matzneff est-elle si loin de nous ?

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L’auteur, aujourd’hui dénoncé par Vanessa Springora dans son livre Le consentement et pour lequel la justice a ouvert une enquête préliminaire pour « viols sur mineur » n’a jamais caché ses pratiques pédocriminelles qu’il vantait dans ses écrits. Il a même reçu en 2013 le prix Renaudot. A cette période pourtant, nombre de professionnels de la protection de l’enfance et d’associations s’étaient insurgés. Aujourd’hui, ceux qui l’avaient alors soutenu sans faille se justifient en invoquant « l’époque ». Mais 2013, c’est hier, ce n’est pas il y a quarante ans et ces années 1970 qui servent maintenant d’alibi pour rendre compte de certaines conduites.

Invoquer « l’époque » est une façon de nier le fait que ces problèmes sont toujours les mêmes aujourd’hui, c’est une manière de détourner le vrai débat qui doit se poser avec autant de gravité aujourd’hui qu’hier. Certes il n’a jamais été autant question de protection de l’enfance en France dans les paroles, mais dans les faits et la réalité, les choses sont bien plus complexes qu’elles n’apparaissent. Nos institutions qui s’insurgent ça et là contre les violences sexuelles sur les mineurs, font des lois qui ne résolvent rien.

Ainsi, la parole de l’enfant n’est que trop rarement prise en compte : 95 % des faits enregistrés par la gendarmerie pour des viols sur mineurs n’aboutissent pas à une condamnation de l’auteur. La plupart des signalements et des plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs et en particulier incestueuses sont classées sans suite. Des enfants sont renvoyés de force chez leur père, parfois séparés de leur mère protectrice accusée à tort de fausses allégations (syndrome d’aliénation parentale). Ces mères sont alors condamnées au pénal pour non-représentation d’enfant, même dans certaines situations où il est rationnellement impossible de mettre en cause les révélations du mineur.

Cette quasi-impunité des violences sexuelles sur mineurs est dénoncée par les professionnels de l’enfance, mais rien n’est fait pour en traiter les causes.

Pourquoi, par la loi du 3 août 2018 (dite « loi Schiappa »), avoir refusé de fixer un âge légal de non consentement qui permettrait de mieux protéger les mineurs ? On continue quotidiennement devant les tribunaux français à examiner, au cas par cas, si un enfant avait les capacités de discernement pour consentir à l’acte sexuel ou non, pour que la contrainte nécessaire à caractériser le viol, soit retenue. On continue de disserter pour savoir si l’adulte a bien « abusé de sa vulnérabilité », selon les termes de la nouvelle loi, comme s’il pouvait en être autrement.

En effet, et malgré beaucoup d’idées-reçues, la prétendue « majorité sexuelle » n’existe pas dans notre Code Pénal puisqu’il faut toujours établir la contrainte pour caractériser un viol, même pour un enfant de 7 ans.

Mais parlons un peu des victimes, qui un jour se rendent compte qu’elles ont été utilisées à des fins de jouissance par des adultes et qui se mettent à comprendre à quel point elles ont été abusées par des adultes à qui elles faisaient confiance : l’auteur lui-même, mais aussi tous ceux qui, par leur silence complaisant, ont laissé faire. Elles vont alors être aux prises avec tous les phénomènes traumatiques dont les effets destructeurs peuvent durer des dizaines d’années, avec des souffrances qui ne s’estompent pas.

Les adolescents sont vulnérables, manipulables et se faisant abuser par des adultes auxquels ils se livrent en objet sexuel pour satisfaire leur besoin de reconnaissance et d’amour. A l’adolescence, il est indispensable que les relations soient équilibrées, reposant sur une symétrie et une réciprocité, et que ces jeunes soient protégés des relations d’emprise et de domination inhérentes aux rapports asymétriques avec tout adulte et sources de psychotraumatismes sexuels. Les agressions sexuelles sur mineurs, ce n’est pas un problème d’époque, c’est un problème de société, de politique et d’institutions chargées de protéger les mineurs de ces violences et de condamner les auteurs.

Le cas de Vanessa Springora est emblématique. C’est plus de 30 ans plus tard que beaucoup de victimes osent briser le silence et révéler les choses. Il est pour tous plus facile de fermer les yeux sur les violences sexuelles. Le déni est la voie la plus simple qu’il est tentant de choisir face à ces terribles problématiques. Les victimes aussi se protègent souvent longtemps par des mécanismes de défense qui sont essentiels à leur survie psychique. Jusqu’à ce qu’elles aient la force de parler…

Le CPLE (Collectif pour l’enfance), qui rassemble une trentaine d’associations de protection faisant toutes la même analyse de la situation, propose qu’un âge de non-consentement soit fixé à 15 ans. Par ailleurs, en cas d’inceste, le CPLE souhaite qu’un âge de non-consentement soit fixé à 18 ans. Car, oui, aujourd’hui en France, on questionne encore et toujours le consentement d’un enfant victime d’actes sexuels, même dans les cas d’inceste !

Cette solution permettrait d’abord de faire en sorte que les enfants ayant subi des actes sexuels par des majeurs soient reconnus par la société comme des victimes, et non comme des personnes complètement responsables de leur sexualité. Elle permettrait aussi de ne plus questionner le prétendu accord des mineurs victimes de viols, dont les violeurs expliquent parfois qu’ils avaient eu des « comportements séducteurs », et d’écarter tous les débats malsains à ce sujet. Enfin, un âge de non-consentement permettrait de mettre fin à l’aberration selon laquelle un enfant de moins de 15 ans serait en mesure de consentir à se prostituer et d’être sur un pied d’égalité avec un client majeur pour réaliser une transaction économico-sexuelle.

Notre société n’a pas su se doter d’une protection des enfants digne de ce nom, alors que de nombreux pays ont adopté, pour certains depuis longtemps, un principe de non-consentement des enfants à un acte sexuel avec un adulte.

Pourquoi la France ne serait-elle pas capable de protéger ses enfants comme le font nos voisins anglais, allemands ou belges ?

On le voit, les débats consécutifs au livre de Vanessa Springora et nos valeurs contemporaines plaident indéniablement en faveur de l’instauration de cet âge de non-consentement. On ne peut que constater aujourd’hui, qu’un enfant victime d’un Matzneff en 2020 ne serait pas mieux protégé juridiquement que Vanessa Springora quand les faits qu’elle dénonce se sont déroulés.

Il est urgent de sortir de cette inertie politique et judiciaire en adoptant une loi protégeant spécifiquement les mineurs des actes sexuels avec les adultes et en prenant véritablement en compte la parole des mineurs victimes comme des professionnels qui les signalent afin de les protéger de manière effective.

LISTE DES SIGNATAIRES PARTICULIERS :

BERGER Maurice Pédopsychiatre
CUSSIGH Pascal Avocat, président de Coup de Pouce-protection de l’enfance
MELON Arthur Secrétaire général de l’ACPE (Agir Contre la Prostitution des Enfants)
IZARD Eugénie Pédopsychiatre, Présidente du REPPEA
ROMANO Hélène Psychologue
GRYSON Marie-Christine Psychologue clinicienne ex experte judiciaire
Dr Gérard LOPEZ Psychiatre
LAZIMI Gilles Medecin, enseignant, militant associatif
MEUNIER Michelle Sénatrice PS de la Loire-Atlantique
CHALON Patricia Présidente d’Enfance Majuscule
LABORDE Françoise Journaliste Pdte PFDM (#PourLesFemmesDansLesMédias)
CREOFF Michele spécialiste de la protection de l’enfance, membre du CNPE
SALMONA Muriel psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie
SELLIER Homayra Présidente d’Innocence en Danger
BEREZIAT Olivier Secrétaire général de Coup de pouce – Protection de l’enfance
AUBRY Isabelle Présidente de l’association internationale des victimes de l’inceste
KOHIYAMA Mie Présidente de MoiAussiAmnesie
COLOMBEL Marie-Pierre Présidente et Administrateur Ad’Hoc d’Enfance & Partage
SAAB Vanessa Rédactrice en chef Psycho enfants
LOUFFOK Lyes Membre du Conseil National de la protection de l’enfance
Lorene Russell Présidente d’Un Nouveau Jour
Armelle Le Bigot-Macaux Présidente du COFRADE (Conseil français des associations pour les droits de l’enfant)
Jean-Pierre Escarfail Président APACS
Agnès GALLOY Présidente de l’association Victime Inceste
Calmette Pascale Psychologue clinicienne
Julié Viot Mathilde Féministe, conseillère parlementaire
Anne Lucie VISCARDI La Génération qui Parle
Lelouch Isabelle Fondatrice association Enfance Intégrité
MIRKOVIC Aude Maître de conférences en droit privé, Porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance
BERTON pascale pédopsychiatre
Isabelle Beck Avocat
Caminada Marie-Françoise Psychologue EN
Annie Dudin Pédiatre
Phelip Jacqueline Présidente de « l’Enfant d’Abord »
YEHEZKIELI Galia Psychiatre . Pédopsychiatre .Docteur
Elodie PAGLIAROLI Psychologue Clinicienne
Bachelet Agnès Educatrice en protection de l’enfance
Isabelle HAMAIDE Psychologue Clinicienne Psychothérapeute
VANTOMME Benoît Psychologue
Virginie BRET Psychanalyste.
OLIVIER Christophe Protection de l’enfance – Consultant
Baziluck Franck Enseignant spécialisé / Musicothérapeute
BICHET DAVID Psychologue clinicien psychothérapeute
Isabelle ANGELINO psychologue
Charlotte Tanguy Psychologue
Dr Brigitte MÉLOT SLAMA Médecin retraité
Faisantieu Anne-Laure Psychiatre
Hélène Manzon Psychologue  Clinicienne spécialisée en clinique de l’ enfant
laurence Brunet-Jambu Présidente d’Alexis Danan de Bretagne et secrétaire du collectif Alexis Danan
PLOUVIER Isabelle Présidente de l’association « EVRA pour la protection de l’enfance »
Sandra Hernández Cussigh Dr en Physiologie – Agrégée BGB
MAREAU Charlotte Docteur en Psychologie
Frédérique POLLET-ROUYER Avocate
JEANNEROD Aurélie Orthophoniste
Vocat Christophe Avocat
SIMON Héloïse Praticienne en Hypnose Ericksonienne
Briolat Eve-Marie Journaliste
BONFILS CAROLINE EXPERTE SECTEUR SOCIAL & MEDICO-SOCIAL : DROIT, EHIQUE, QUALITE
NOGUIER Nicolas Inspecteur de l’action sanitaire et sociale, Président du Refuge
Schmitt Azhour Juriste « La correctionnalisation du viol, la négation d’un crime »
Hermach Eléonore Professeure des écoles
CYPRIEN Valerie Directrice de la formation
Bedar Yasmina Militante protection de l’enfance
MALTEZEANU Nataly Vice-présidente association Coup de pouce Protection de l’Enfance-Juriste et ancienne avocate
Valjent Isabelle Orthophoniste
Sonia Laffargue Infirmière
Hélène Manzon Psychologue  Clinicienne spécialisée en clinique de l’enfant
Mar González de la Torre Enseignante
Claire Saint Girons art thérapeute
BOUCHET Florence Avocat
RISSETTO Michelle présidente fondatrice de l’association « touche pas a mon enfance »
michele anne RANNOU Resp.groupe de parole Asso MTR
GULLBRA Ingrid Victime
DAUMAS Stéphanie Maitre de conférences en Neurosciences
Marie-Laure DUTEIL Vice-Présidente association « le monde à travers un regard »
Martine Dyrszka Vice-Présidente de l’ACPE (Agir contre la Prostitution des Enfants)
Emmanuel BRUNO Maître de conférences
VERAQUIN Présidente de l association les enfants de Tamar
Veraquin Claire-Aurélie Enseignante
Brière Anne-Claire Enseignante
Gallais Directeur Général de l’association Enfant Présent
Herr camille Puéricultrice
Rocca aurelie Psychopraticienne
Stéphan Toth Président du Déni ça suffit !
Daubrey Claire Avocate
MEYER Sylvie Réalisatrice de « l’enfance volée »
Véronique Loubaton thérapeute
David-Bellouard Valerie Psychopraticienne
Le Bloas Constance Psycho-somatotherapeute
Cornuau Patricia Médecin pédiatre
Mansuet Stephanie Psychologue
Baco kamaria Agent social
Rosalie Cardullo Neurotherapeute

LISTE DES ASSOCIATIONS SIGNATAIRES

Associations membres du Collectif pour l’Enfance :

REPPEA – Agir contre la prostitution des Enfants (ACPE) – Coup de Pouce-Protection de l’enfance – Enfance et Partage – Enfance Majuscule – L’Enfant d’Abord – Le Monde à Travers un Regard – AIVI – COFRADE – EVRA pour la protection de l’enfance – Enfance Intégrité – Comité Alexis Danan – La génération qui parle – Le Refuge – Réseau International des Mères en Lutte – Un nouveau Jour – Juristes pour l’Enfance – Touche pas à mon enfance – APACS – L’enfance au Cœur – Victime Inceste

Autres associations :

Innocence en Danger – Moi Aussi amnésie – Le Déni ça suffit

 

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